Le village, son terroir et ses monuments

Véritable trait d’union entre la Haute-Provence et le Pays d’Aix, La Verdière a été occupée dès l’Antiquité compte tenu des enjeux économiques et stratégiques que son site enviable présentait. Le château, construit sur un ancien castrum, et la colline Notre Dame de la Salette, ancien oppidum pré-romain, sont les premières traces de cette occupation antique.

Dans les environs, la culture de la vigne, de l’olivier, du lavandin et l’élevage tant ovin que caprin constituèrent au cours des siècles des pratiques agricoles répandues qui ont profondément façonné le paysage assurément provençal de la commune. Mas, bastides, cabanons, cultures en restanques et parcelles cultivées jalonnent encore les environs du village et sont les témoignages persistants de cette agriculture méditerranéenne, voisinant auprès de verdoyantes forêts de chênes et de pinèdes.

Malgré une certaine pénombre documentaire, nous savons que dès le Haut-Moyen Age, la colline qui abrite aujourd’hui le village fut un site fortifié, qui, attesté dès 980 dans leS archives, appartenait à la puissante famille de Castellane.

Ainsi, l’Histoire du village est totalement conditionnée à l’Histoire du château, puisque le village doit sa fondation et son existence au château. La population de la Verdière au Moyen-Age, composée pour la plus grande partie d’agriculteurs et d’artisans, travaillait en partie pour le compte de ces seigneurs qui lui assuraient en contrepartie une protection matérielle et physique des plus précieuses pendants ces temps troublés. La Verdière a dès lors été l’archétype du village perché, « enchâtelé », dont l’administration était féodale. Irriguées par la source de Montbrien et massées autour du château, les habitations de verdièrois se sont alors organisées en noyaux concentriques du X° siècle au XVII° siècle. C’est ainsi que les rues du village, dont le tracé à la fois étroit et sinueux garde l’empreinte de l’époque médiévale, ont conservé de nombreuses maisons particulières qui suggèrent les activités commerciales et communautaires qui s’y déroulaient. De nombreux linteaux sculptés, des façades soignées et plusieurs passages couverts participent à faire du village l’un des plus authentiques villages perchés du Var.

Brillante famille issue de la noblesse d’épée, les Castellane feront du site fortifié de La Verdière un château-verrou contrôlant la route qui reliait à l’époque la cité d’Aix à la Haute Provence. De ce château, purement défensif, subsiste un réseau complexe de salles voutées qui occupent les parties basses de l’actuel édifice. Une alliance fera entrer le château, le village et ses terres un temps dans le giron de la célèbre famille de Vintimille pour le faire revenir dans celui des Castellane. Au cours du XVII° siècle, le château et ses domaines seront transmis par mariage à la famille provençale de Forbin. Tantôt militaires prestigieux, parlementaires éminents, intellectuels distingués et ecclésiastiques admirés, les Forbin jouèrent un rôle de premier plan en Provence et furent des mécènes prodigues. Le château fortifié de La Verdière, centre politique, économique et militaire du village, se métamorphosa ainsi dès le milieu du XVIII° siècle en un palais d’apparat orné de fastueuses gypseries – délicats décors sculptés en gypse – qui sont aujourd’hui considérés comme les plus belles de Provence. De brillantes réceptions, de mémorables parties de chasse et de somptueuses collections de peintures et de meubles précieux marqueront la vie de ce château au cours du XVIII° siècle où il fut l’une des plus délicieuses propriétés de Provence. Pendant la révolution française, en l’absence des propriétaires, ce château réputé sera sauvagement pillé et mutilé par une minorité de villageois, les collections d’œuvres d’Art détruites, volées ou brulées par ignorance totale. Ne s’étant pas exilés hors de France pendant la tourmente révolutionnaire, les Forbin, contrairement à bien d’autres familles aristocratiques, purent toutefois reprendre possession en toute légitimité de leurs propriétés foncières et notamment des nombreuses bastides et du château de la Verdière qui sera patiemment restauré tout au long du XIX° siècle. Le dernier Marquis de Forbin d’Oppède, Palamède de Forbin (1816-1900), s’éteindra sans postérité. Après plusieurs aléas dans sa transmission et notamment plusieurs années d’abandon, le château – classé Monument Historique en intégralité depuis 1946 - aujourd’hui sauvé de la ruine, déploie des intérieurs provençaux qui ont retrouvé l’empreinte d’un art de vivre noble et raffiné.

L’église paroissiale du village, classée Monument Historique et placée sous le vocable de l’Assomption, fut le centre de la vie religieuse du village et l’ancienne chapelle du château. Malgré le récent démantèlement de son campanile en façade, de nombreux éléments lapidaires sculptés, des voûtes cintrées et un portail de style Roman sont remarquables. Elle abrite encore un mobilier sacré des plus précieux : de nombreux autels baroques en bois doré ou rechampi dotés de peintures religieuses des XVII° et XVIII° siècles ornent les chapelles latérales. Curiosité rare : une tribune surélevée, à droite de l’autel, permettait aux seigneurs de la Verdière d’assister aux offices depuis leur château, sans avoir à descendre dans l’église. Edifice dont la fonction était religieuse et funéraire, l’édifice abrite les restes mortels des populations locales qui y furent inhumées pendant l’Ancien Régime.

Le territoire de la commune est également jalonné de nombreux édifices religieux. On trouve ainsi une statue représentant Notre Dame de la Salette (XIX°s), offerte par la famille de de Forbin et ornant la colline éponyme au même titre que l’Hôtel-Dieu (aujourd’hui écoles communales) qui fut une structure de bienfaisance intégralement financée par ces derniers dès le XVIII° siècle. Dans le terroir de la Verdière, la chapelle Saint Roch, Saint Patron du village, présente une architecture comparable à la célèbre chapelle Saint-Sixte d’Eygalières (13) tandis que la chapelle Notre-Dame de Santé, lieu de pèlerinage attesté dès le XVème siècle, abriterait selon des traditions orales une pierre rapportée de Jérusalem en 1655 par un religieux.

Aujourd’hui village du Parc Naturel Régional du Verdon, lové au sein d’une nature généreuse, La Verdière conserve sa vocation agricole séculaire tout en développant des perspectives touristiques et culturelles aussi inédites qu’appréciées.

Alexandre Mahue
Conférencier-National
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